fbpx
aude carrez article nutrition animale

Conseillère en nutrition animale : rencontre avec Aude Carrez

Aujourd’hui, je pars à la rencontre de Aude Carrez, conseillère en nutrition animale, qui a accepté de nous parler de son travail. Focus sur le métier de la diététique canine et féline.

« Bonjour Aude,

Tout d’abord, je vous remercie d’avoir accepté cette entrevue. C’est donc vous qui ouvrez le bal pour cette nouvelle rubrique de blog.

Merci à vous d’avoir pensé à moi pour votre blog. Il est toujours intéressant pour moi de faire connaître mon métier à travers d’autres personnes car c’est effectivement quelque chose de nouveau. »

Pour commencer, pourriez-vous vous présenter brièvement ?

Aude Carrez, je suis ingénieur en agroalimentaire, spécialiste en nutrition du chien et du chat.
Je suis fondatrice de la société Gamelle au poil à travers laquelle je propose des bilans et suivis diététiques pour les chiens et les chats.
En tant que consultante, j’effectue également des accompagnements en projet pour des missions de Petfood (nourriture animale) ou des formations pour les particuliers ou les professionnels du chien et du chat.

« Vous êtes ingénieur en agroalimentaire et vous avez obtenu ensuite un Certificat d’études spécialisées (CES) en Diététique Canine et Féline. »

Puis-je vous demander ce qui vous a poussé à vous spécialiser dans la nutrition animale ?

Ce sont mes passions et mon parcours qui m’ont conduit jusque-là.
Amoureuse des animaux depuis toute petite : en primaire je voulais devenir vétérinaire.
Tout a réellement commencé quand j’avais 10 ans. J’ai eu mon premier berger allemand et j’ai été plongé dans le monde du sport canin.
Cette passion pour les animaux alliée à celle des sciences m’ont amené vers une école d’ingénieur agro-alimentaire. Lors de mon cursus d’ingénieur, j’ai rencontré un professionnel de la Petfood et j’ai su qu’une voix s’ouvrait à moi. J’ai donc ensuite cherché à me spécialiser et petit à petit l’idée de créer ma propre entreprise s’est imposée à moi.

Y a-t-il des animaux qui comblent votre quotidien ? Un petit mot sur eux ?

Guizmo : un royal bourbon de 7,5 ans. Je l’ai adopté en juillet 2014, il était dans une famille d’accueil suite à son rapatriement de l’Ile de la Réunion. C’est un chien qui est né dans la rue. A 8 mois il a été percuté par une voiture : grâce à cet accident il est arrivé en France pour être opéré et nos chemins se sont croisés pour ne plus se séparer. C’est un chien très remarquable, il a son caractère bien à lui et a conscience de son bien-être. C’est un membre exceptionnel de la maisonnée, qui a un sens de la famille bien plus poussé que certains humains.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre métier ?

Le métier de conseillère en nutrition canine et féline à plein de facettes. Je le conçois comme cela : j’aime accompagner les gens et leurs animaux pour une meilleure alimentation. J’aime également accompagner les entreprises, c’est ma première casquette et j’aime les sciences et les challenges. Et puis j’aime la formation, grâce à elle je continue de me former moi-même tous les jours et c’est essentiel pour moi, car grâce à ça j’apporte toujours plus à mes clients.
C’est un métier passion. J’aime l’idée de travailler pour aider nos compagnons à quatre pattes et leurs humains, apporter un soulagement, rassurer les gens, mais aussi faire appel à mes connaissances scientifiques et à ma pédagogie.

A quoi ressemble un bilan diététique avec Aude Carrez ?

Les séances se déroulent principalement par téléphone. Cela convient très bien aux gens car cela ne les bloque pas vraiment sur leur temps. Ils peuvent répondre à mes questions tout en vaquant à leurs occupations. C’est un côté pratique qui arrange beaucoup de monde. Pourtant, au début j’avais peur que ce fonctionnement ne passe pas auprès de la population mais finalement c’est tout l’inverse.

Mais je vais prochainement développer le côté visioconférence car je pourrai ainsi toucher un autre public qui, au contraire, à besoin d’un contact visuel pour se rassurer.  Le confinement m’à beaucoup aidé à établir ma clientèle car dans ces moments là, les gens ont pris conscience que nous étions capables de faire énormément de choses bien à distance. Cette réticence qui pouvait exister envers le distanciel a totalement disparu.

Concrètement, comment ça se passe ?

Au départ, l’idée est de faire un point global sur l’animal et son propriétaire, car pour bien nourrir un animal il faut évaluer ses besoins à lui, mais nous devons prendre en compte le propriétaire. C’est lui qui va le nourrir, acheter la nourriture, donc il faut lui proposer un mode d’alimentation qui soit en accord avec sa vision des choses et son rythme de vie. Si c’est trop contraignant, il ne suivra pas les conseils.

Je commence par prendre quelques informations sur l’animal pour créer son « dossier diététique ».  J’ai besoin de 3 photos (une de face, une debout de profil, et une debout avec vue sur la ligne de dos) pour savoir si son poids est optimal, en surpoids ou en sous-poids. Je demande la copie des vaccins à jour, car je ne suis pas vétérinaire, je n’interviens qu’en complément d’un suivi médical.  Je dois donc m’assurer que l’animal est bien suivi et qu’il ne présente pas de pathologie.

Si pathologie il y a, je demande dans ce cas le bilan vétérinaire. Ensuite, soit je me mets directement en contact avec lui, soit le propriétaire lui-même fait part de mon rapport à son vétérinaire pour un suivi commun. En général cela convient mieux car le propriétaire reste maître à bord en ayant toutes les informations en direct, plutôt qu’un compte rendu qui lui soit envoyé. C’est lui qui gère, cela fonctionne bien comme çà !

Le bilan diététique

Ensuite nous prenons rendez vous pour faire le bilan diététique. Là je reprends toutes les informations sur l’animal (âge, poids, suivi de poids des dernières années, état de santé global, qualité du poil, problèmes dentaires ou de digestion). On prend en compte aussi l’historique alimentaire (changements divers), son mode d’alimentation actuel, quelle ration journalière, s’il y a des friandises, des compléments alimentaires… Les préférences alimentaires de l’animal sont aussi essentielles pour lui proposer ce qui lui correspond.

A partir de là, soit le propriétaire décide de rester sur la même routine car il souhaitait seulement savoir si ce qu’il donne à son animal est correct,  soit il souhaite changer complètement de type d’alimentation.

Si on part sur un changement total, je demande toujours ce qui lui convient le mieux. Est-ce plus pratique de rester sur une alimentation industrielle ? Est ce qu’il souhaite instaurer une bi-nutrition (sèche et humide) ? Est ce qu’il serait potentiellement prêt à cuisiner pour son animal ? Viande cuite ou crue ? Il faut que la proposition soit en adéquation avec le mode de vie de la personne.

A quel moment les propriétaires d’animaux de compagnie décident-ils de faire appel à vous ? A quelles problématiques avez-vous affaire le plus souvent ?

Cela évolue beaucoup. Depuis le confinement les gens m’appellent surtout car ils ont constaté un problème, soit pathologique, soit digestif. Dans ma clientèle j’ai 1/3 de chats et 2/3 de chiens. Pour les chats, c’est souvent pour pallier une pathologie. Les soucis digestifs se rencontrent plutôt chez le chien (diarrhées chroniques…).

En ce moment j’ai beaucoup de demandes de personnes qui souhaitent juste faire un gros bilan nutritionnel à cause des nombreuses polémiques étendues sur l’alimentation féline et canine. Il veulent savoir s’ils font bien les choses, si l’alimentation qu’ils donnent à leur animal est en adéquation avec ses besoins.

J’ai également de plus en plus de chiots en croissance. Les gens veulent un accompagnement, un suivi approprié pour un bon développement. Sur les grands chiens notamment (lévriers par exemple) la croissance est rapide. Si le squelette se développe trop vite, la musculature ne pourra pas soutenir l’ossature. Et cela peut provoquer de vrais troubles articulaires. Le suivi nutritionnel permet de bien développer la musculature sans que l’animal grandisse trop vite.

Pour les chats nous n’avons pas ce type de problème car la croissance chez le chat se fait in utéro alors que le pic de croissance du chien se fait après le sevrage.

Actuellement j’ai plus affaire à des personnes qui sont dans un processus de remise en question et de vérification.

« Il y a depuis quelques années, énormément de controverse sur l’alimentation industrielle (croquettes et pâtées). »

En tant que conseillère en diététique, pensez-vous que ce type d’alimentation est réellement mauvais et à proscrire ?

Ce sont des questions légitimes car il est vrai qu’il faut quand même s’en poser. Mais bannir non ! Car c’est là, çà fait partie intégrante de la société actuelle. Initialement il faut quand même se dire que l’alimentation industrielle à permis d’allonger l’espérance de vie de nos animaux de compagnie. Les croquettes et les pâtées ont été créées dans le but d’apporter des rations équilibrées tout en étant pas trop cher, qui se distribuent facilement et qui permettent aux animaux de vivre heureux. Pour l’heure, il n’y a pas véritablement de raisons de bannir ces aliments, qui présentent tout de même des atouts particulièrement utiles.

Après, il est vrai qu’aujourd’hui nous n’avons pas encore assez de recul pour savoir à quel point ces aliments sont bénéfiques ou bien toxiques pour eux. Il y a de nouvelles pathologies qui n’existaient pas avant, pourquoi ? Est-ce parce que nos animaux vivent plus vieux grâce à l’avancée de la médecine ? Ou, est ce qu’il y a une part d’alimentation ? Parce qu’en effet nous savons que celle-ci joue un rôle dans les gènes et les cellules. Nous ne pouvons pas répondre à cette interrogation pour le moment.

A côté de ça, cela va dépendre également des personnes. Si une personne n’a pas les moyens financiers ni le temps de passer à une alimentation ménagère cuite ou crue, nous ne pouvons pas lui proposer cela. Car cela conduira forcément à une ration mal faite ! Et qui dit ration mal faite, dit impact très négatif sur la santé de l’animal. Dans ces cas là, mieux vaut nourrir aux croquettes et pâtées en faisant le choix d’une bonne marque.

L’inconvénient que je pourrais mettre en avant concernant les aliments industriels, c’est le manque de variété qui risque d’appauvrir le microbiote de l’animal qui mange la même chose à vie. Cet appauvrissement peut être à l’origine de pathologies.

Ma réflexion va plutôt en ce sens, à savoir : ne vaudrait-il pas mieux garder le coté pratique de l’aliment industriel en y ajoutant quelques légumes, du son d’avoine, de la banane qui sont de bonnes sources de fibres prébiotiques ? Le principe de la ration mixte. Il est également possible d’envisager de rester sur une alimentation industrielle totale mais, en changeant de types de croquettes et pâtées de temps à autre afin de varier la gamelle.

Qu’en est-il des céréales pour le chat ?

Le chat ayant moins évolué que ces ancêtres, il reste un carnivore strict. Cela dit, ce n’est pas forcément contre nature car dans son métabolisme, le chat possède les mécanismes lui permettant de digérer les céréales. Il est vrai que ces mécanismes fonctionnent moins que chez le chien. Par conséquent, il faut tout même limiter les apports. Comme dans tout, un équilibre doit se faire. Lorsque les croquettes données sont bourrées de céréales et à contrario pauvres en protéines, là ça pose problème.

Il faut un juste milieu et pour le chat je conseille toujours de mixer croquettes et pâtée sur la journée. Non seulement cela permet un apport en eau pour cet animal qui boit très peu, mais aussi parce que les pâtées sont souvent plus riches en protéines que les croquettes permettant ainsi d’augmenter la dose journalière de protéines tout en limitant l’apport en céréales.

Malheureusement le chat reste encore incompris ! Les études nutritionnelles scientifiques ont très longtemps comparé le chat à un chien de petite taille, ce qui n’était pas du tout représentatif. Pendant longtemps nous n’avons pas pris en compte le fait que le chat tolérait moins les céréales que le chien. Ce n’est qu’en 2006 quand tout a été remis à plat, qu’on s’est rendu compte que le chat est totalement différent du chien et que nous avons commencé à mieux comprendre son fonctionnement. Ces erreurs faites durant de nombreuses années ont amené des courants de pensée prônant la toxicité des céréales pour les chats. Ca n’est potentiellement toxique que dans l’excès.

« A l’heure actuelle, nous ne parlons encore que très peu des métiers de la nutrition pour chien et chat. »

Que pourriez-vous dire aux personnes qui pourraient se montrer réticentes ?

Comme tout nouveau métier il n’y a pas encore de formation officielle et donc, il est vrai que beaucoup pourraient s’autoproclamer « consultant en diététique animale ». Par conséquent, je comprends que les gens puissent se méfier. Et j’irais même plutôt dans leur sens en leur disant qu’il faut se méfier et ne pas faire confiance à l’aveugle. Il faut faire appel à des gens sérieux avec un parcours dans l’idéal scientifique. Des personnes qui ne restent surtout pas bloqués sur des idées bien arrêtées. Des personnes qui continuent de se former et de s’informer afin de répondre au mieux aux interrogations. Il faut se renseigner sur le profil de la personne.

Je dirai qu’un vrai professionnel est quelqu’un qui prend le temps d’échanger avec vous avant de vous faire payer. Si la personne n’a rien à cacher, elle vous répondra. C’est un métier d’avenir qui gagne à être connu et à évoluer. Nous intervenons en complément du vétérinaire.

« Vous n’êtes pas seulement conseillère en nutrition animale. Vous proposez également des formations digitales, des conférences et des ateliers collectifs, et avez même un partenariat avec les écoles « Monde du chat » ou encore « Animautopia ». »

Pouvez-vous nous en parler ? Qu’apprenons-nous au cours de ces formations ? Et à qui s’adressent-elles ?

Chez « Animautopia » c’est une formation de 18h, sur 3 jours, entièrement en ligne sur l’alimentation du chien. Un programme sur les bases de la nutrition canine (les besoins énergétiques, les besoins alimentaires, la flore microbienne, le surpoids…). Cette formation convient parfaitement aux novices. Tout le monde peut y participer, notamment des particuliers cherchant à se renseigner sur l’alimentation canine.

Chez « le monde du chat » on y prépare un diplôme de consultant en diététique dans l’idée d’accompagner les gens sur l’alimentation de leur animal de compagnie. Des connaissances de l’animal ou en science sont demandées car c’est très poussé, dense et technique. Pour ce programme il faut maîtriser les sciences, les chiffres, connaitre les animaux et l’humain. On effectue une sélection sur dossier afin de déterminer les compétences du candidat. Car c’est un métier avec de vraies responsabilités sur la santé de l’animal.

Cette formation est ouverte aux pays francophones. Pour ceux qui sont trop loin, elle peut être suivie en visio du début à la fin. Elle se déroule également en présentiel en Suisse. Il est demandé à chaque apprenant de préparer un mémoire, il y de nombreux exercices à effectuer. Les cours se déroulent sur 7h/jours. L’idée est d’avoir une vision globale et approfondie sur les aliments et l’animal.

gamelle au poil logo

 

Vous pouvez suivre les aventures de « gamelle au poil » sur sa page Facebook !

Cet article vous a plu ? Partagez-le !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.